Témoignages pour les 30 ans de l'université

Françoise Moulin-Civil, conseillère de sites et d'établissements pour la direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle, ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

Anne-Sophie Barthez, directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle, ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
Thierry Coulhon, président du haut conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres)


Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports

Marie-Christine Cavecchi, présidente du conseil départemental du Val-d'Oise
Discours de François Germinet, président de CY Cergy Paris Université

Chers amis,
Vous le savez, il n’y a pas d’université sans recherche.
Disons le simplement : c’est là notre âme.
Il n’y a pas de chercheurs qui ne sache que la vérité n’existe pas par elle-même, mais qu’elle débute par un questionnement, "quoi ?" ou "pourquoi ?" : si ce n’est une remise en cause, du moins une mise en question, et donc une mise en mouvement.
Plusieurs philosophies le disent : cette mise en abîme du questionnement n’est autre que notre voie d’accès à notre humanité. Pour le dire autrement, on accède à son humanité par le questionnement.
Donc premier point : la recherche, parce ce qu’elle est questionnement, est affaire d’humanité.
Mais non seulement la vérité du chercheur est questionnement mais par ce processus de questionnement, elle se construit.
Non seulement la vérité se construit, mais aussi et surtout, elle est toujours en construction, jamais établie, toujours en mouvement.
Non seulement la vérité du chercheur est toujours en construction, mais c’est une construction collective, de par même son processus de validation.
Parce que c’est une aventure collective, c’est une aventure humaine. Deuxième point.
Ainsi donc, on peut dire que l’âme de la recherche est doublement humaine : un mouvement par le questionnement, et une aventure collective.
La recherche étant l’âme de l’université : ainsi en va-t-il de l’université, doublement humaine parce qu’espace de questionnement et aventure collective.
CQFD
Enfin, CQFD, on ne savait pas trop qu’il y avait matière à démonstration ici, et on se demande bien où je veux en venir.
Et bien je veux en venir à Cergy et à nos 30 ans !
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Parce que cette université de Cergy est assurément une aventure collective ! Assurément une aventure en construction. Les pionniers nous le raconte encore. Nous-mêmes aujourd’hui vivons cette aventure collective, de ne pas simplement être dans une université, mais bien dans celle de Cergy.
Mais plus fondamentalement encore, Cergy est ce mouvement par le questionnement. Cergy est née et a grandi comme questionnement. Aujourd’hui encore.
Cergy, c’est un point d’interrogation. Cergy l’université, mais encore Cergy la ville, Cergy le territoire, on dira l’esprit de Cergy.
On pourrait dire que la nature de Cergy, c’est d’interroger, c’est de questionner. On a dit plus haut : mettre en question.
Que ce soit Saint-Louis, les impressionnistes, la ville nouvelle, lorsqu’il a fallu questionner l’ordre établi et les usages en cours, ce territoire a joué ce rôle.
L’esprit de cette université, aujourd’hui forte de 26 000 étudiants, composée d’UFR, d’instituts, d’écoles, avec l’ESSEC Business School à ses côtés, et avec 10 autres écoles, pour former un ensemble de 45 000 étudiants, l’esprit de cette université est bien celui de ce territoire : celui du questionnement à l’oeuvre. Notamment le questionnement du modèle au coeur d’une aventure collective.
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Il y a environ 50 ans on entendait : pourquoi créer une ville nouvelle, ou encore : on ne peut pas sortir l’ESSEC de Paris pour aller à Cergy : et pourquoi ?
Et à la création de l’université de Cergy, on entendait : on n’y a pas besoin de recherche de haut niveau, le premier cycle suffit : et pourquoi ?
Plus récemment : un institut d’études avancées, mais vous ne sauriez pas quoi en faire : et bien chiche !
L’apprentissage, le développement des ressources propres, l’autonomie, les fondations et le mécénat, ce n’est pas pour les universités : et pourquoi ?
Bon OK, mais quand même pas pour les SHS quand même : et pourquoi ?
On ne peut pas rassembler les universités et les écoles, on ne peut pas rassembler le public et le privé, on ne peut pas fusionner avec une école privée et accueillir des écoles associatives dans l’université : et pourquoi ?
Les Labex, les IDEX-ISITE, les champions européens, ce n’est pas pour vous : et pourquoi ?
Des formations bac +1 pour les bacheliers pro, des campus des métiers et des qualifications, ce n’est pas assez noble pour une université : et pourquoi ?
Accueillir le plus grand IUFM de France et y créer des laboratoires de recherche, monter un nouveau Sciences Po, créer une école de design sur le campus d’une ETI, ouvrir une UMR CNRS sur les patrimoines : pourquoi pas ?
Et à venir :
Des diplômes européens, des campus à l’international, pourquoi pas ?
Vous vous rappelez du film : y’en a qui osent tout, c’est à ça qu’on les reconnait !
Souvent, encore aujourd’hui, et ça me fait très plaisir, des collègues, récemment recrutés disent spontanément qu’ils ont trouvé dans cette université la possibilité de développer leur projet : c’est que la magie opère toujours !
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C’est étonnant de constater que depuis toujours le Y, c’est-à-dire Cergy lu à l’envers, soit notre totem. Y, why en anglais. Pourquoi. Mettre le pourquoi en mouvement. Donner à voir le pourquoi. See why. Voir le Y. Voir le point de l’interrogation.
Le point, c’est toujours ce qui s’ouvre sur la multiplication et sur l’infini ! En mathématiques, le point, c’est ce qui manque à l’infini pour être total (on appelle ça un compact). On pourrait dire : le point, c’est ce qui résiste à l’infini, c’est ce qui résiste au désir de totalité, c’est ce qui résiste à l’enfermement. Le point, c’est l’essence même de l’indéfini et de l’ouvert.
Ce point d’interrogation, ce n’est donc jamais le point final, mais au contraire le point de départ, ou encore le point d’étape.
Revendiquer le point d’interrogation, revendiquer le why, le Y : c'est notre rôle vis-à-vis des modèles établis, mais aussi et surtout vis-à-vis de nos étudiants, qui au passage ne sont pas juste des étudiants anonymes, mais bien plutôt nos enfants : accompagner nos étudiants dans leur propre remise en question d’eux-mêmes, du monde, et de nous aussi, tout comme les enfants remettent en question les certitudes bien établies de leurs parents.
Il s’agit donc d’accompagner les nouvelles générations à chercher et creuser leur propre point de l’interrogation, et qu’à CY Cergy Paris Université, elles creusent leur Y pourrait-on dire, afin de construire le monde de demain.
Tous ensemble, nous sommes désormais face à une nouvelle grande question, comme un mur qui nous fait face, comme une immense vague de la taille d’un tsunami : qu’est-ce qu’une université à l’ère de l’anthropocène ? Qu’est-ce que ça change ? À quelles nouvelles responsabilités cela nous appelle vis-à-vis des nouvelles générations ? Qu’est-ce que CY Cergy Paris Université aura à dire et à faire ?
Durant cette soirée, on vous propose de revenir sur quelques temps forts de notre aventure, de notre construction. Nous prendrons appui sur cela pour regarder l’avenir, celui d’une société pour et par les nouvelles générations. Cela se conclura symboliquement par notre engagement dans la COP2 étudiante.
Je vous souhaite une excellente soirée !

François Germinet
02 décembre 2021
Cergy-Pontoise


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