Journée "Face à face, visages et vécus"

Au croisement du soin et de la recherche

La journée a proposé une expérience rare : réunir, dans un même espace de dialogue, cliniciens, chercheurs, patients et étudiants autour des enjeux de la défiguration et de sa prise en charge.

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À la croisée de la recherche, du soin et de l’expérience vécue, cet événement a incarné une ambition forte : faire émerger une approche collective, décloisonnée et profondément humaine de la santé.

L’idée pour la journée est née d’un constat et d’une volonté d’Emmanuel Pauthe, professeur des universités en sciences des biomatériaux, et Raphaëlle Farcy-Pauthe psychologue clinicienne, tous deux membres du laboratoire ERRMECe. Leur objectif : faire dialoguer des mondes qui se croisent encore trop peu. "Les patients voient les cliniciens, les cliniciens travaillent avec les chercheurs… mais les patients rencontrent rarement les chercheurs", résume Emmanuel Pauthe. En mettant ces acteurs face à face, l’événement entendait dépasser une médecine encore parfois cloisonnée pour tendre vers une co-construction du soin, où le patient devient pleinement acteur de son parcours.

Cette ambition se reflète dans l’architecture même de la journée. Pensée comme une succession de temps complémentaires, elle a articulé témoignages, apports scientifiques et échanges collectifs. Toute la journée, des récits de parcours de soins ont offert un aperçu de la prise en charge globale d’affections telles que les fentes faciales, le cancer de la langue ou l’amputation nasale. Chaque session était présentée sous forme de triptyque associant patients, cliniciens et chercheurs. Une manière concrète d’illustrer la complexité des trajectoires et la nécessité de croiser les regards. Loin d’un format académique classique, la journée a accordé une place centrale aux tables rondes et aux échanges avec le public. Les organisateurs ont ainsi souhaité créer un véritable espace de discussion, où les savoirs scientifiques rencontrent les vécus individuels, et où les questions éthiques peuvent être débattues collectivement.

La diversité des intervenants constitue l’un des points forts de la journée. Chirurgiens, psychologues, ingénieurs, chercheurs, associations de patients, étudiants : toutes et tous participent à un même espace de réflexion. Cette pluralité, volontairement recherchée, reflète la réalité d’une prise en charge qui, pour remplir ses objectifs, ne peut être que multidisciplinaire. Elle répond aussi à une attente exprimée par les patients eux-mêmes, désireux de dialoguer avec les futurs professionnels de santé et de partager leur expérience de la maladie.

Au fil des sessions, les thématiques se sont déployées : prise en charge clinique, reconstruction chirurgicale, place des épithèses, innovations en biomatériaux, jusqu’aux perspectives ouvertes par la bio-impression et l’ingénierie tissulaire. Derrière ces avancées techniques, une même question traverse les échanges : comment articuler prouesse médicale et vécu du patient ? Car reconstruire un visage ne relève pas seulement d’un défi technologique, mais engage aussi des dimensions psychiques, sociales et identitaires.

Cette dynamique s’inscrit dans un projet plus large, porté conjointement par l’université et ses partenaires hospitaliers : celui de renforcer les liens entre recherche et territoire. La création de l’institut de recherche en santé pour les territoires (IRST) illustre cette volonté de structurer un continuum entre production de connaissances et application concrète au bénéfice des patients. L’enjeu est clair : faire en sorte que l’excellence scientifique se traduise en progrès réel, accessible et pertinent pour les populations.

Soutenue par de nombreux partenaires institutionnels et associatifs, la journée témoigne également de la force du collectif. Elle mobilise des acteurs issus de différents établissements, laboratoires et associations, à l’échelle nationale, confirmant l’intérêt croissant pour ces approches transversales de la santé. En réunissant savoirs scientifiques, pratiques cliniques et expériences de vie, "Visages et vécus" a proposé ainsi une autre manière de penser le soin : plus ouverte, plus collaborative, et résolument centrée sur l’humain.

Programme détaillé de la journée